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La psychanalyse au service du plus grand nombre

La psychanalyse au service du plus grand nombre, une méthode préventive, une connaissance de soi, une voie d'accès à l'équilibre, une ouverture au lien social, une réflexion humanisante.
 
Au service du plus grand nombre.
« Je ne suis pas fou, je n'ai pas besoin de voir un psy ». Ce fou tant redouté, c'est celui qui nous renvoie aux asiles du temps où la société tentait de circonscrire ses « fous » en les enfermant dans des conditions de déshumanisation totale, attachés, voire même enchaînés, peu ou pas soignés, mal nourris, livrés à l'oubli et au désintéressement des membres « bien portants » de la société. Que l'on revoie les images du film Amadeus, qui nous transporte à l'époque de Mozart, ou plus récemment que l'on pense à Camille Claudel et à son histoire tragique, il a fallu un temps très long pour commencer à s'intéresser à la vie intérieure, à la vie psychique. Jusqu'à Jean-Martin Charcot – contemporain de Sigmund Freud -, fin XIXe, la « folie » n'était considérée qu'en tant que conséquence d'une lésion organique, et avant cela encore comme une emprise démoniaque.

Qu'est-ce à dire ? Depuis l'époque de l'antiquité jusqu'au début du XXe siècle, toute différence de fonctionnement, tout comportement non orthodoxe était considéré comme étant de l'ordre de la folie – terme derrière lequel il va sans dire que chaque époque a mis les consonances qui étaient les siennes – était enfermé, caché, parqué, derrière des murs de honte et d'incompréhension. Rebut de la société, l'aliéné était enfermé sans espoir de ressortir un jour guéri ni même celui d'être la cible de soins à visée curative.  Le seul but étant celui de l'empêcher de se nuire et de nuire au reste de ses semblables par l'isolement et par l'entrave, même si des essais de traitements « corporels » ont vu le jour, comme une sorte de transition, un lien entre la période de  déshumanisation des personnes atteintes de maladies mentales et celle actuelle où l'on est venu à s'interroger sur la vie psychique du fœtus. Je ne vois pas là d'opposition mais bien la continuité d'une histoire qui aurait eu bien du mal à s'interroger sur l'étiologie d'un comportement anorexique par exemple à une époque où tout événement n'était perçu que comme manifestation divine ou diabolique. Mais même après Charcot, et le virage qu'à pu prendre la psychiatrie à ce moment-là, les choses n'ont progressé que relativement lentement puisque par exemple sous la domination nazie les malades mentaux étaient assassinés, laissés, entre autres traitements définitifs, mourir de faim. Même s'il s'agissait là de « l’œuvre d'un fou », il n'en reste pas moins que c'était il y a très peu de temps. On le voit donc : penser qu'il y a quelque chose à comprendre dans le psychisme humain est récent, à l'échelle de vie de l'humanité. Et même s'il est bien évident qu'une évolution considérable a déjà apporté bon nombre de progrès qui auraient soulevé l'incrédulité il y a quelques décennies seulement, les balbutiements de ce sujet d'étude peuvent laisser supposer bien d'autres avancées encore. Alors ne soyons pas trop prompts à nous enfermer nous même dans un cheminement univoque.

Ce passé concernant la maladie mentale, houleux, douloureux, a laissé des traces. Et les troubles psychiques, parfois même les plus anodins, y sont vite associés, dans la représentation imaginaire d'un grand nombre de personnes. A l'échelle familiale et filiale, quelques générations suffisent pour se retrouver au XVIIIe siècle ou même avant, et on comprend qu'une filiation qui a vécu de près la folie et l'internement d'un de ses membres sans pouvoir en dépasser le traumatisme ait pu en transmettre la crainte à ses descendants – ou l'attrait, un peu comme la personne sujette au vertige est attirée par le vide. Ainsi, dans l'imaginaire collectif, le trouble, la perturbation psychique renvoient à la folie de ces temps anciens où l'être humain, effrayé par ce qui lui était incompréhensible, essayait de le faire disparaître d'une manière ou d'une autre...

Une méthode préventive.
La décision de consulter un psychanalyste est le plus souvent dictée par une problématique  actuelle plus ou moins récurrente et qui empêche la personne de vivre comme elle le voudrait. Et ce, quel qu'en soit le domaine. La demande de prise en charge analytique est donc toujours au départ une demande d'aide dans le but de régler un problème, dans un but thérapeutique. Et il y a autant de demandes différentes qu'il y a d'individus : une séparation dont on ne se remet pas, une tristesse permanente sans raison, une colère intérieure qui n'a pas d'interlocuteur, des échecs professionnels successifs, une relation envahissante ou au contraire un désert relationnel, un enfant qu'on ne comprend plus, un conjoint maltraitant, une propension à se retrouver toujours dans des situations difficiles, une peur irrationnelle de sortir avec des amis, l'impression d'être toujours moins bien que les autres, la liste n'en finirait pas tant les raisons de consultations sont diverses. Et s'il n'y avait pas ces raisons, il va sans dire qu'il y aurait très peu de démarrage de cure. On vient toujours en analyse poussé par une sorte de nécessité. Dans ce sens, je pense qu'il est juste de dire que la psychanalyse a une visée curative. D'ailleurs, lorsque Freud a commencé à développer sa méthode, il n'y a été poussé que par le désir de soigner, de guérir, ou au moins de soulager les personnes qu'il suivait et qui se trouvaient en grande difficulté. Qu'il s'agisse de Dora, de l'homme aux loups, du petit Hans ou de n'importe quel autre de ses patients, ils avaient tous au moins un point commun : quelque chose entravait le déroulement de leur vie qu'il fallait enrayer.

En psychanalyse, on dit qu'on ne s'attaque pas au symptôme. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela signifie qu'on ne va pas le prendre de front pour essayer de le faire disparaître. D'abord, cela ne marcherait pas : il ne ferait que se renforcer comme un animal acculé devient de plus en plus féroce. Au lieu de cela, on va s'en servir, on va l'utiliser pour aller trouver les fils qu'il conviendra de dénouer l'un après l'autre au fil des séances pour que finalement le symptôme chute. Pour comprendre cette approche d'apparence détournée, il suffit de se demander combien de personnes qui fument se sont dit qu'elles feraient mieux d'arrêter pour les raisons que tout le monde connaît : ce n'est pas bon pour la santé, le tabac froid sent mauvais, il y a peut-être des enfants à la maison, ou des personnes asthmatiques, etc., etc. Et combien d'entre elles le font ? Définitivement? Combien de personne qui se disputent systématiquement avec une personne précise de leur entourage et qui se disent qu'on ne les y reprendra plus. Y parviennent-elles ? Et une personne qui a la phobie des pigeons. Suffit-il qu'elle se dise que c'est ridicule, que ces oiseaux ne sont pas méchants ni même dangereux et bien d'autres choses fort raisonnables pour que leur peur disparaisse ? S'il suffisait de prendre le problème de front, si c'était si simple, alors personne n'aurait de problème puisque chacun réglerait ses difficultés au fur et à mesure qu'elles se présentent. C'est bien qu'il y a autre chose derrière, d'autres enjeux, cachés, dissimulés avec beaucoup d'efficacité aux yeux même – et surtout – de la personne directement concernée. 

Derrière nos difficultés à vivre, il y a toujours une origine multifactorielle : une histoire familiale, des traumatismes psychiques, des traits de caractères, des conflits internes... A chaque carrefour entre ces divers facteurs, il y a un nœud, un endroit où l'on s'arrête, où l'on tourne en rond, où rien ne va plus. Pour rester sur cette image, en travaillant sur des voies dites secondaires, en les rendant plus fluides, en y permettant une libre circulation de l'énergie, on permet à tout l'ensemble du réseau de se libérer de ses surcharges, de ses intrications, de ses blocages.

Une acceptation de soi.

L'alter égo, l'autre en tant que sujet, notre semblable différent a pour condition d'existence que nous nous positionnons nous même en tant que sujet, individu dans le sens de l'individuation jungienne : un être conscient, de ses qualités et de ses défauts, mais aussi de sa liberté et de ses limites, de son désir, cohérent avec lui-même et indépendamment du jugement des autres, famille et même filiation comprise. Qu'est-ce à dire ? S'agit-il de s'opposer à ses parents et à sa famille au point parfois de se mettre tout le monde à dos ? Certes pas, car les excès ne sont jamais bons, quel que soit le côté de la balance dans lequel ils pèsent. La famille est structurante, ne serait-ce que parce qu'elle est elle-même une structure dans laquelle il est possible de vivre et de grandir ; et ce même quand la famille fait défaut, puisque dans tous les cas, jusqu'aux plus complexes, la famille d'origine a permis une famille ou une structure d'accueil et de remplacement dans laquelle il est possible de vivre et de grandir. Dans tous les autres cas, il n'y a pas de vie possible car un bébé laissé sans soins, sans chaleur et sans nourriture ne survit pas très longtemps. Tout être vivant a donc une histoire personnelle, une histoire familiale, et une histoire transgénérationnelle qui ont fait de lui ce qu'il est devenu. C'est en ce sens que la famille est structurante et qu'elle est aussi un héritage précieux, alors même qu'on croit vouloir s'en défaire parce que pour les raisons qui nous sont propres on le trouve trop lourd, cet héritage. Mais dans tous les cas, même dans celui où il a été « parfait » - ce qui ne peut être qu'une illusion, puisque s'il est parfait, pourquoi s'en détacher ? Et si on ne peut pas s'en détacher, il n'y a pas de sujet possible (dans le sens qui nous intéresse) – dans tous les cas donc, il va falloir la faire sienne pour pouvoir en émerger, individu membre d'un héritage commun mais différents de ses autres membres.

Une voie d'accès à l'équilibre.

La psychanalyse agit au niveau de l'inconscient. Il existe bien d'autres formes de thérapies,  à la différence que leur action se situe au conscient. Tout axe thérapeutique est bon en soi, mais tous ne correspondent pas à tout le monde. C'est à chacun de trouver la méthode qui lui convient, à l'instant T. Ainsi, je suis moi-même passée par l'analyse transactionnelle avant d'être prête pour la psychanalyse, même si avec le recul je peux dire que j'en avais déjà une pré-conscience dès l’âge de 12 ans. Mais je n'ai été prête que bien plus tard. Il convient donc pour chacun d'aller vers la méthode qui lui correspond aujourd'hui. La méthode qui nous convient à un moment donné, c'est quoi ? C'est tout simplement celle avec laquelle nous nous sentons le plus à notre place, celle qui nous parle, qui nous donne le désir d'aller y voir de plus près, celle dans laquelle nous nous sentons bien. La psychanalyse, parce qu'elle est une méthode qui permet d'agir directement sur l'inconscient, n'est pas une méthode facile. Et je ne parle pas ici pour l'analyste ni même pour l'analysant (le patient analytique), mais pour l'inconscient de ce dernier. Pour cette raison, elle est bien souvent une sorte d'acte désespéré, on a tout essayé avant sans résultat probant, et on finit par aller voir de ce côté-là, en désespoir de cause. C'est simplement qu'il a fallu passer par tout ce cheminement pour finalement être prêt pour l'analyse. Il est donc tout à fait inutile de « forcer » quelqu'un à venir en analyse, ça ne peut être qu'une démarche personnelle qui s'inscrit dans un désir, même s'il est véhiculé par le ras-le-bol d'une situation douloureuse par exemple.

Une ouverture au lien social.
Je voudrais citer ici le simple dicton « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Et je pourrais m'arrêter là.
La rencontre avec l'autre est toujours un moment difficile pour le petit d'homme qui passe son temps à faire et défaire cette rencontre dont il attend tellement qu'elle finit forcément par le frustrer – et c'est très bien comme ça. En fait, au départ, il attend tout de l'extérieur et certains s'imaginent encore, une fois parvenus à l’âge adulte, que toute chose n'arrive que du dehors, l'individu lui-même n'ayant finalement que peu -voire pas du tout – de possibilité d'action sur son environnement. La notion de responsabilité a une connotation négative : elle est synonyme de culpabilité, donc d'accusation, de jugement, alors qu'est très peu mis en avant, ou est totalement oublié qu'être une personne responsable c'est bien autre chose : c'est une histoire de maturité. Être responsable de ce qui nous arrive, c'est avoir la maturité nécessaire pour accepter que nous ne sommes pas les simples victimes de notre vie, que notre engagement dans une voie, dans une direction, aussi minime soit-elle, entraîne derrière lui un cortège d’événements, et ce aussi bien dans le bon que dans le mauvais. Au conscient, mais aussi à l'inconscient. Exemple : Claire se rend à une soirée chez des amis où il y a 50 personnes, qu'elle ne connaît pas. Sur ces 50 personnes, il y en a plus de la moitié qu'elle ne verra même pas. De ceux qui attirent son regard – ou ses pas – elle ne parlera qu'avec une quinzaine. De tout ceux-là, peut être deux avec lesquels elle aura plus d'affinité pour que finalement elle reste en contact avec une seule de ces personnes ou peut être aucune. Qu'est-ce à dire ? On n'est pas attiré par certaines personnes par hasard non plus qu'à l'inverse on attire une personne par hasard. Il y a une reconnaissance inconsciente, une communication d'inconscient à inconscient qui entre en jeu dans le déroulement de la soirée de Claire. Ainsi et pour exemple, ayant grandi sans la présence de mon père, je me suis aperçu un jour que je n'avais dans mon cercle d'amis que des gens qui avaient la même carence, et que j'avais adopté ce fonctionnement depuis l'enfance. Je n'avais pourtant jamais posé à personne la condition de l'absence de père comme sésame de mon amitié ! Être responsable de son existence, c'est accepter que les choses viennent de nous au moins autant que de l'extérieur. Et comme on peut plus facilement agir sur soi-même que sur autrui, cela revient à dire que l'important c'est en fin de compte d'accepter que les choses viennent de soi. Autrement dit, être responsable de son existence revient à en prendre soin,  en agissant dans le sens de ce qui est bon pour soi.

Une réflexion humanisante.
Observer ce qui est donné à voir. Écouter ce qui est donné à entendre. Tout s'interroge et c'est bien là un des moteurs de la cure analytique. Dans le miroir, tout événement a quelque chose à nous dire. Dès l'instant où nous en somme un fil conducteur, il passe par nous, à travers nos sens, pour nous parler, et pour nous parler de nous, même si c'est quelque chose qui nous est raconté et qui se passe à l'autre bout de la planète. S'interroger sur soi, c'est déjà une marque d'humilité, c'est accepter de ne pas avoir toutes les réponses. Si l'individu s'incarne avec toute la connaissance, une vie entière ne suffit certes pas à la faire émerger dans sa totalité. Nous avons tout à apprendre, et parce que ce « tout » est sans limites, il contribue à renouveler sans cesse notre désir.